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Encore un peu de
lecture ?
Voici un extrait du livre de
Jean-Gaston Bardet, " Demain, c'est l'an 2000 !" Un livre publié en 1950
aux éditions Jacques Petit, Angers.
" Mais
parmi tous les mécanismes concentrationnaires, il en est un plus subtil et plus
puissant, dont l'ignorance était quasi totale il y a trente
ans.
Aussi suis-je bien obligé
de l'exposer en détail. C'est le mécanisme bancaire qui multiplie les méfaits de
l'usure et du crédit. En effet, d'un côté, par l'addition des intérêts il
double, puis quadruple toute dette en quinze puis trente ans, d'un autre côté,
par le subterfuge du crédit et de la monnaie scripturale, il vampirise toutes
les richesses mobilières et surtout immobilières d'une nation, puis du
monde.
L'usure a toujours été interdite par le Droit canon romain,
puis par le Coran. Le catéchisme du concile de Trente est formel : "Tout ce
qu'on prend au delà de ce qu'on a donné est usure... c'est pourquoi le prophète
Ezéchiel (18-17) dit que Celui-là sera juste qui n'aura rien pris au-delà de ce
qu'il aura prêté. Et Notre Seigneur nous ordonne, dans Saint-Luc (6-35), de
prêter sans en rien espérer. Ce péché a toujours été considéré, même par les
païens, comme un crime très grave et très odieux" et le concile ajoute, "c'est
ce qui fait dire à Ciceron que prêter à usure ou tuer un homme c'est la même
chose. Et en effet, ceux qui prêtent à usure vendent deux fois une même chose,
ou ils vendent ce qui n'est point".
Il faudrait bien peu connaître l'histoire des
civilisations pour s'imaginer qu'il ne s'agit là que d'un principe de la morale
et non pas d'un principe fondamental de bonne organisation de la société
civile... car il n'y a qu'une seule clé pour les Deux Royaumes (celui de la
Terre et celui du Ciel).
La civilisation
égyptienne a duré quelques cinq mille ans ; elle ignorait la monnaie. Les
diverses civilisations mésopotamiennes se sont effondrées les unes après les
autres, au bout de quelques siècles, s'entre-déchirant, s'entre-détruisant.
Elles connaissaient non seulement le trafic des lingots, mais l'usure,
c'est-à-dire le "croît de l'argent" comme l'appelle le code d'Hammourabi.
L'intérêt pouvait légalement atteindre 25% et montait jusqu'à 100 et 140%...
L'Encyclopaedia Britanica (article Money, édition de
1929) souligne que l'écroulement de la Grèce au VIème siècle comme l'effonfrement
de l'Empire romain sont également dus à l'usure. Ainsi que l'a montré
G. Ferrero dans : la Grandeur et le déclin de Rome, Jules César fut brisé
pour s'être montré incapable de résoudre "la gigantesque accumulation d'intérêts
inaliénables qui avaient concentré toute la richesse en quelques mains,
réduisant les petits propriétaires en esclavage".
Vous commencez à soupçonner
pourquoi Cicéron est plus dur dans ses jugements que les Pères de
l'Église!
Précisons que le mot usure ne s'applique pas au taux pratiqué mais au
caractère du prêt ( il n'en est pas de même du mot : usurier. Cependant les
auteurs anglais qualifient d'usure le prêt à la production de l'argent qui n'existe
pas, de l'argent négatif ).
Le prêt de consommation
est seul qualifié d'usure dans les textes canoniques, le prêt à la production
n'est pas un prêt, mais un apport de capital à une entreprise dont l'activité
fournit des bénéfices. Ce prêt à la production n'est-il pas licite? Oui, dans
certaines limites du taux de l'intérêt, mais non quand celui-ci atteint 50% à
60%, tel est cependant le taux réel des avances bancaires modernes.
Pour
le comprendre, il faut étudier la constitution et le développement de la Banque
d'Angleterre, type du système bancaire moderne, né en pays protestant où l'usure
avait été autorisée par Elisabeth.
En 1694, Guillaume d'Orange, devenu Guillaume III
d'Angleterre, n'avait plus d'argent pour payer son armée. Ce Hollandais, dont le
succès avait été financé par les banquiers protestants de son pays, va -
juste retour des choses - être pris dans l'engrenage des usuriers
anglo-hollandais.
Un syndicat d'usuriers,
dirigé par William Paterson, lui proposa la combinaison suivante
:
a) Le syndicat
privé avancera au gouvernement un prêt en or de 1 200 000 livres, au taux de 6%,
le capital et l'intérêt étant garantis par l'État et payés en or
;
b) en récompense,
le syndicat privé a le droit de s'appeler Banque d'Angleterre ;
c) comme le syndicat se
démunissait ainsi de tout son capital pour financer le prêt, il avait en échange
(?) le droit d'émettre et de négocier des billets à ordre jusqu'à la concurrence
des 1 200 000 livres prêtées en or, à l'Etat.
Jusque-là, seul l'Etat avait le droit régalien de battre
monnaie, c'est lui qui aurait pû et dû émettre ces billets gagés sur l'or qu'il
avait emprunté. Le syndicat, abusant de son titre de Banque d'Angleterre, fit
imprimer des billets reconnus valables à Londres, puis dans tout le pays, sous
caution morale du roi et matérielle du prêt en or. C'était génial, le public
avait confiance en des papiers que la Banque - n'ayant plus de capital -
était incapable de rembourser. Ainsi est né le crédit moderne en argent-papier,
véritable contrefaçon du Crédo.
Par
cet abus de confiance envers le peuple anglais, doublé de haute trahison envers
le roi, dit Thomas Robertson (1), le clan des usuriers doubla d'un trait de
plume sa fortune. Elle fit même plus que doubler, puisqu'il touchait non
seulement l'intérêt sur son prêt en or, mais l'intérêt sur les billets en papier
qu'il se mit à prêter - le 6% sur le capital initial devenant du 12%, en
huit ans il doublait à nouveau (2).
Ainsi
la Banque avait créé une double dette, l'une du gouvernement -
lequel, après tout, empochait l'or - l'autre du peuple anglais.
L'endettement simultané du gouvernement et du peuple ne fera que croître
sans cesse, le gouvernement faisant évidemment tout retomber sur le peuple
par le système des impôts. Telle est l'origine de la Dette nationale anglaise,
nulle avant Guillaume III et qui ateignait, en 1948, 24 milliards de livres.
Le mécanisme comporte trois stades : usure, dette, impôts, dont 60%
servent à payer les intérêts de la dette.
Guillaume III continua à emprunter à la Banque jusqu'à concurrence
de 16 millions de livres-or. Et celle-ci émit la même somme en billets.
Bien plus, comme les billets avaient cours au même titre que l'or, même à
l'étranger, la Banque avança désormais au gouvernement du papier... cautionné par
lui, et non plus en or. Le tour était joué. Il est évident qu'à ce moment-là le
gouvernement aurait pu reprendre son droit régalien et décider d'imprimer lui-même,
les billets ; il n'aurait ainsi jamais eu d'intérêts à verser ni de
dette nationale en boule de neige.
Au début, la banque n'émit
des billets que jusqu'à concurrence de l'or prêté, et conserva une réserve-or
destinée à couvrir les demandes de remboursement. Petit à petit, elle s'aperçut
que les gens préféraient manier des billets plus légers que l'or, et qu'on
pouvait émettre des billets en se contentant de garder une réserve de
10%.
Mises en goût par une opération aussi fructueuse, les banques
se multiplièrent comme des champignons. Entre 1694 et 1830, on trouve dans les
îles Britaniques 684 banques privées, émettant chacune ses propres
billets.
En dehors de toute considération morale le prêt à
la production suffit à déséquilibrer toute économie qui n'est pas purement
agricole ou pastorale, c'est à dire la seule économie où le "croît biologique",
don de Dieu, éternellement renouvelé, peur dépasser le "croît de l'argent"
lorsque le taux est faible. L'industrie, elle, ne fait que transformer, et par
l'extraction, épuiser.
Tout d'abord, c'est l'inflation. Il y a dix fois
plus de signes monétaire légaux en 1836 qu'en 1694. Or cette monnaie-papier
n'est pas seulement prêtée mais dépensée directement par les banques, qui jouent
ainsi le rôle de commerçants. Elles peuvent ainsi faire marcher leur commerce,
avec seulement 10% du capital réel, tandis que les industriels qui veulent
lancer une usine ou constituer un stock empruntent aux banques, au taux de 6%,
des billets qui ne représentent quasi rien et hypothèquent leurs moyens réels de
production pour du vent. Cela explique le peu de faillites des banques et la
vampirisation des industries et du commerce par les "banques
d'affaires".
Toutefois, en 1836, le
gouvernement britannique eut conscience du danger. Après une enquête secrète, le
chancelier Robert Peel prit l'initiative du Bank Charter Act de 1844. Cette loi
retira aux quelques 600 banques privées le droit d'émettre des billets en ne
reconnaissant qu'à la -seule- Banque d'Angleterre, obligée cette fois d'avoir
une couverture-or de 100% — ce qui dura jusqu'en 1914...— Aujourd'hui, la
couverture n'est plus que symbolique.
Pauvre gouvernement ! Les 600 banquiers se
réunirent en un nouveau syndicat, le Joint Stock Banks- et -remplacèrent
l'émission des billets interdits par l'émission de chèques facilitant l'avance
bancaire, c'est à dire l'ouverture de crédit en compte courant. Ce n'était
qu'une émission camouflée de billets, et d'autant plus avantageuse qu'elle
allait servir principalement à enfler la production des gros emprunteurs et non
à faciliter la consommation des petits, comme la monnaie
légale.
C'était un nouveau coup de
génie. Cette fois, ce n'est plus le roi qui cautionnera l'émission, ce sont les
déposants, par suite d'une confusion habilement
entretenue.
Le secret de la toute-puissance bancaire dans le monde
entier, précise Robertson, réside dans le fait suivant: "Lorsqu'un individu
dépose aujourd'hui 1 000 £ en espèces à la banque, celle-ci ne prête pas
ces 1 000 £ à un autre client, mais les garde en réserve, et prête en avance bancaire,
ou par chèque 9 000 £, c'est à dire neuf fois le montant du dépôt qu'elle
a reçu". C'est le premier client qui constitue la réserve de 10%... alors
que le bon public croit que toute Banque n'est qu'un intermédiaire qui avance
l'argent mis chez elle en dépôt, soit 1 000 £ pour 1 000 £. C'est d'ailleurs
ce qui est déclaré dans tous les traités orthodoxes, et qui était officiellement
inscrit dans l' Encyclopaedia Britanica jusqu'en 1910 ; mais dans
l'édition de 1929, vous lisez que "les banques prêtent en créant du crédit,
elles créent leurs moyens de paiement ex nihilo" précise M. R. Hawtrey,
secrétaire adjoint au Trésor.
En
général, l'emprunteur a
déposé des garanties. S'il ne peut rembourser son emprunt, la banque saisit les
garanties et fait là un bénéfice absolu, pendant que l'emprunteur, lui, fait failite.
S'il rembourse, la banque touche 6% sur 9000 £, soit 54% sur les 1 000 £
qui lui avait été déposées jadis, joli bénéfice pour avoir fait un simple jeu d'écriture.
L'opération est annulée, la somme inscrite est rentrée dans la colonne
Avoir, elle annule le montant porté en sortie dans la colonne Doit. Les 9
000 £ se dissolvent dans le vent, d'où elles étaient venues !
De là le pouvoir quasi magique des banques.
Non seulement elles créent et détruisent de la monnaie, mais des affaires.
Elles provoquent des booms, des crises artificielles, des périodes de suractivité
ou de chômage, suivant que -comme une coquette - elles accordent ou non leurs
faveurs, c'est-à-dire des crédits de compte courants. Elles sont maîtresses du
"cycle du commerce". Leur pouvoir est invincible, quel que soit le parti qui
triomphe temporairement. Elles concentrent progressivement tout entre leurs
mains, sur la ruine des nations.
Lorsqu'en 1919, Vincent C. Vickers — gouverneur de la
Banque d'Angleterre depuis 1910 — s'apercevra de cette destruction irrémédiable,
il démissionnera et commencera à dénoncer cet engrenage implacable (3).
Il en résultera l'Official Governmental Report on Finance and Industry, dit MacMillan
Report (4), au Parlement anglais de 1931, puis le Canadian Government Report
of the Committee on Banking and Commerce, de 1939 (5), qui confirmèrent tous
ces faits et révélèrent que le mot : dépôt bancaire est une escroquerie
verbale, il fait croire à un actif alors qu'il représente au contraire un
passif, une dette des emprunteurs. Il faut lui substituer l'expression "crédit
financier" ou mieux "argent négatif".
Avec ce système une banque peut tout acheter, tout
faire passer entre ses mains, puisqu'elle peut doubler en deux ans non seulement
son capital réel mais l'argent qu'on lui dépose. Elle réalise l'idéal
concentrationnaire, n'ayant besoin ni de déplacer des hommes, ni de rassembler
des machines, quelques traits de plume suffisent. C'est la reine des
machines-en-papier!
Pas de concentration sans
destruction
Le mécanisme moderne du Crédit, portant sur la production va conduire au
même effondrement que la simple usure de l'antiquité, portant sur la consommation,
car il ne possède plus d'autorégulation venant des signes monétaires légaux, de
l'argent accumulé ou thésaurisé, de l'épargne.
Lorsque des consommateurs
investissent leur épargne, tout d'abord, le taux d'intérêt réel reste limité,
inférieur à 10% mais surtout, l'industrie qui emprunte ne peut se développer
qu'en fonction de cette épargne, de ce surplus qui n'a pas été dépensé pour la
consommation. À moins de fabriquer des objets superflus, cette industrie risque
peu de surproduire, c'est-à-dire de produire au-delà des possibilités d'achat
des consommateurs. Tandis que dans le cas du financement par les banques, qui
émettent une monnaie scripturale anticipée , basée sur l'hypothèse de la vente
des objets produits, les exploitations de la production s'enflent à une vitesse
dépassant les pouvoirs d'achat réels qui sont désormais négligés et ignorés.
Il s'en suit une hystérie de la production qui offre
l'alternative : chômage ou guerre pour la destruction des biens qui
encombrent le marché.
Il y
a donc deux financements possibles de caractères totalement opposés :
l'un provenant de l'épargne, de l'argent en supplément et l'autre projeté
par anticipation. Dans le premier cas, l'autorégulation doit venir de l'offre des
capitaux existants, dans le second, de la demande en besoins primaires les plus
certains.
Ainsi le financement bancaire - mis en
lumière - est tout indiqué pour la construction et l'équipement immobilier profitant à l'ensemble du
pays.
Là où il n'y a point à
craindre de surproduction, c'est vraiment la demande qui fixe l'émission. Ce
sont les besoins en logements, en routes, en ponts, en hôpitaux, en écoles, en
forêts, qui cette fois, deviennent les régulateurs de la monnaie scripturale
anticipée, si dangereuse dans ses anticipations. Mais dans ce cas, seuls des
offices régionaux - et non une banque de crédit centralisée (6) -
permettraient d'avoir la confiance du public de la région et le contrôle
effectif des besoins proches.
Comme là, il s'agit de
prêt de consommation et non plus de production, il ne peut plus être question
d'intérêt. La Région ne peut être usurière. Le mécanisme bancaire, en tant que
mécanisme, est utilisé sans compromission avec l'usure, il possède son
autorégulation organique : la connaissance de la communauté dans ses besoins
propres. C'est le seul cas où posant le Bien au départ, nous le récoltons à
l'arrivée.
Lorsque s'ajoutent les méfaits de prêt à intérêt de taux
scandaleux, de la monnaie scripturale non freinée par les besoins et de
l'hystérie de la production, on dévale à roue libre vers la destruction
obligatoire.
La ruine vient, d'une part de la Dette nationale et de ses intérêts
reportés sur le peuple par l'impôt qui n'est plus "juste", ne répondant pas
à un service rendu. Aussi se pose la question : faut-il rendre à César ce qui
est à Mammon?
La
ruine est augmentée par l'inflation qui déprécie les biens du travail et qui est
telle qu'en juillet 1945, les banques réunies des îles Britanniques possédaient
en caisse 600 millions de £ et avaient accepté environ 5 400 millions de £, soit
neuf fois plus, en reconnaissances de dettes, prêts, avances, investissements.
Ces 5 400 millions n'ayant aucune existence réelle ont été créés par les
banques, à partir de rien, depuis 1844, au taux de 1 million par semaine
(7).
Le
système
est très exactement satanique. L'homme ne peut rien créer ex-nihilo. L'argent-négatif
ou dette peut, et doit, être détruit par un jeu d'écritures sur le
grand Livre : la colonne Avoir équilibrant la colonne Doit. Mais subsiste
l'intérêt à payer, qui ne le peut être que grâce à une nouvelle création
ex-nihilo d'argent-négatif et ainsi de suite... Il se produit une boule de neige
de dettes, une marée d'argent-négatif, de néant, qui augmente sans cesse et
entraîne à la destruction obligatoire des biens
réels.
Le chaos économique qui
conduit chaque pays à l'alternative : révolution ou guerre, provient
d'une méconnaissance de vérités élémentaires, tant des marxistes d'ailleurs, que
des économistes libéraux. Marx, en effet, n'a nullement soupçonné le mécanisme
de l'argent-négatif, et a reporté ses attaques contre le profit et la
propriété. Ces derniers ayant toujours été défendus - dans de justes limites - par
l'Église, mère des Pauvres, la sagesse commandait de chercher une autre
explication.
La voici. Pour qu'il n'y ait pas coexistence de surproduction et
de sous-consommation, il faut que le revenu national puisse acheter la
production nationale donc lui soit égal (8) - la soupape des exportations étant de plus en
plus réduite dans un monde qui s'unifie (9).
Or tout prix comporte
deux parts : l'une de travail, l'autre de capital,
l'une
a) de salaires personnels
(directs ou indirects mais versés à des personnes pour leur consommation),
l'autre
b) de rémunération des
capitaux engagés, qui sont des capitaux d'argent-négatif en majeure
partie - la monnaie légale servant à peine à 5% des échanges (avoua lors de
l'enquête précitée M. C. Towers, gouverneur de la Banque du Canada).
Tel est le phénomène a +
b découvert expérimentalement par le major Douglas en 1920 et au sujet duquel M.
de Valera déclarait en 1942 : "Malgré mes demandes réitérées, aucun économiste
n'a pu me démontrer la fausseté de ce théorème".
Si donc les producteurs touchent un total a, ils
ne peuvent, en aucune façon, acheter un total a + b ; le revenu national reste
toujours inférieur à la production nationale. Il y aura toujours des surplus et
les consommateurs seront toujours en état de sous-consommation. Telle l'origine
du phénomène surabondance-misère qu'aucun dirigisme ne peut
réduire.
Faut-il souligner que plus la structure productrice est
concentrée, plus les investissements dans d'énormes machines sont gigantesques,
plus b croît aux dépens de a dans l'équation, moins les salarié peuvent acheter
leur production, plus la misère augmente, ce qui se vérifie depuis un siècle,
quelle que soit l'augmentation continue des salaires
(10).
Le remède financier - dont nous avons
déjà montré dans nos autres chapitres la valeur économique - consiste d'une part dans
le micro-machinisme et la décentralisation diminuant b. Et d'autre part, dans
le retour à l'Etat de son droit régalien de bettre monnaie, enfin
dans l'utilisation de crédit public retrouvé, sans intérêt, pour la construction des
services publics nationaux, régionaux (routes et hôpitaux, écoles et forêts) où
la part de salaires personnels est maxima et qui sont en dehors du circuit
Production, dans lequel doit jouer seulement la monnaie légale
(11).
Faut-il faire remarquer que,
quelle que soit la Distribution : structure du commerce et répartition des
biens parmi les citoyens, cela ne joue qu'à l'intérieur de a . Il peut y avoir
des injustices, des bénéfices scandaleux ou un gaspillage dû à une cascade
d'intermédiaires, mais les Salaires totaux, plus ou moins bien répartis, doivent
d'abord permettre d'acheter la Production totale.
Le système bancaire actuel, autrement dit
l'usure-à-l'argent-négatif ne peut rien créer de positif, il est très exactement
inverti. Il prospère en temps de guerre, s'épanouit, apporte la prospérité
matérielle aux ouvriers requis en usine, aux fournisseurs de l'État et aux
fabriquants de munitions, pendant que la fleur de la nation est tuée ou mutilée.
Il languit en temps de paix, se contracte, apporte le rétrécissement du pouvoir
d'achat, les faillites, banqueroutes, le chômage et toutes les misères à la clé.
Pourquoi ce paradoxe?
Il y a toujours assez de
pouvoir d'achat pour les buts de guerre parce que les biens créés sont détruits.
Ainsi la sous-consommation peut être ordonnée au nom du patriotisme, tandis que
la surproduction est liquidée.
Il ne s'agit point de mettre au pilori les
banquiers actuellement inconscients, mais de considérer les faits. Les faits
sont les suivants, ils crèvent les yeux: l'usure-à-l'argent négatif conduit à
fournir toujours assez d'argent pour la guerre, la mort et la destruction et
jamais assez pour la paix, la vie et la construction. Plus la guerre est
terrible, dévastatrice, plus de pouvoirs d'achat sont créés, plus le flot
d'argent-négatif s'enfle ainsi que les bénéfices des usuriers. Mais ce
gonflement ne peut avoir lieu avec des biens qui encombreraient le marché,
puisque les salaires sont toujours insuffisants pour les acheter, et ne peut
avoir lieu que dans un seul cas, celui de la destruction délibérée des stocks.
Le système ne fonctionne avec efficience que si l'on détruit des biens réels
(12). Il conduit implacablement à la guerre."
(1) In -Human Ecology-,
(Maclellan ed. 240 Hope Street, Glasgow), admirablement documenté mais dont nous
n'acceptons pas le remède.
(2) Savoir doubler l'intérêt
fait partie de la science bancaire... Ainsi en est-il de la vente à crédit
-mensuel- à 8%, qui est en réalité à 16%, et qu'on tente de généraliser en
Europe (en 1950)
(3)
Economic Tribulations (Badley Heat, 1941).
(4) Publié par H. M.
Stationary Office (Londres, 1931)
(5)
Publié par Hing's Printer (Ottawa, 1939)
(6)
Dont les méfaits sont dénoncés par Robertson, -op. cit-, et le thomiste
irlandais R. P. Denis Fahey in -Money manipulation and Social Order-, (Brown and
Nolan. Dublin).
(7) Tel est le montant de
l'impôt secret perçu sur toute la communauté de l'espace financier britannique,
qui le paie non avec du vent mais avec son travail et ses propres biens réels.
Et ce chiffre de 5 400 millions ne comporte pas toutes les acquisitions et
investissements dans les affaires nationales ou internationales qui se montent
au moins à 5 000 autres millions.
(8) Molotov, longtemps ministre des affaires étrangères de
l'URSS, avoua que la seule chose qu'il craignait était que cette égalité soit
réalisée en Occident...
(9)
La recherche des grands espaces financiers, les accords financiers entre
plusieurs nations n'ont, au fond (et peut-être inconsciemment), pour but que de
trouver... chez les autres, de l'argent que l'on ne peut trouver chez soi; mais
le théorème reste inéxorablement valable pour l'espace
considéré!
(10) Le personnel de
certaines usines s'appauvrit au fur et à mesure que s'accroît leur
modernisation. Il pouvait acheter, en 1947, environ la moitié de la production,
et deux ans après seulement le quart, car la modernisation entraîne un
accroissement des charges du capital et une diminution des pouvoirs d'achat. Cf.
l'article de Georges Levard, in "revue d'Action Populaire" de décembre
1950.
(11)
L'abîme qui sans cesse augmente entre le "progrès" matériel et le progrès moral,
vient de ce que la production matérielle n'est plus organique. Elle n'est plus
financée par le croît naturel, par les propres réserves des industries, mais par
anticipation, par dettes d'argent-négatif. Elle s'enfle à une vitesse qui
dépasse toute maturation possible des individus. Cela est fondamental pour
comprendre l'hystérie de la production.
(12)Aussi les faillites des industries sont-elles acceptées
avec complaisance par les banques, c'est une des soupapes de sûreté qui
empêchent la chaudière d'éclater. Par contre, les bons "Serra" émis sans intérêt
au Kenya, vers 1921, ou les "billets coopératifs" sans intérêt, J.A.K., au
Danemark en 1931, furent stoppés par les banques nationales, car les professeurs
d'économie démontrèrent (!!) "que c'était un gros -désavantage- pour tout le
monde (!) d'emprunter sans intérêt". Qu'en pensent les constructeurs de petites
maisons familiales... qui paient deux fois leur
maison?
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