Le C@rnet du Terroir
Cahier patrimoine
 
Mars 2009
 
Le Village du Gretay dans les souvenirs
de Thérèse et  Georges de Saint Jan
 
Les familles Perot, Dandin, Martin et Hervot vivent au Gretay, en Mauron  depuis plusieurs générations. Thérèse Marie Perot et son époux Georges de Saint Jan racontent les temps d'avant.
 
" Je suis née le 20 novembre 1934 à l'Hôtel Dieu à Rennes, mais j'ai toujours vécu dans cette maison. " Photos étalées sur la table, Thérèse de Saint Jan, née Perot commence le récit de sa vie.
 
 
" J'ai préparé un texte avec les dates dès ma naissance jusqu'au départ de nos enfants " dit-elle. A ses côtés, Georges l'écoute attentivement. " Et vos photos Georges ? "
 
" Ah, les miennes, elles sont dans une autre boîte. Je vais les chercher. Je ne suis pas d'ici, moi. Je suis né 4 juillet 1931 à Loscouët-sur-Meu, à l'époque c'étaient les Côtes du Nord " annonce-t-il en souriant.
 

 
Avant de reprendre les notes, une séance photo s'improvise. " Vous voulez nous prendre en photo? Comme ça aujourd'hui ? Je suis toujours sévère sur les photos. Et pourtant à l'intérieur de moi je ne le suis pas " explique timidement Thérèse.
 
Thérèse et Georges s'assoient auprès d'une grande pendule. Le temps avance, se balance et nous avec.
 

 
Les grands-parents et les parents
" C'est ma grand-mère Marie Dandin, elle était d'ici. C'est elle qui a construit  ce côté de la longère en 1897. L'autre partie a été construite plutôt. Nous y vivons depuis quatre générations.
 
Ma grand-mère s'est mariée avec Joseph Perot. Ils ont eu deux enfants Pierre et Joseph, mais ma grand-mère est morte tôt et grand-père s'est remarié.  "
 
Pierre deviendra papa de Thérèse. " Mon père et son frère sont allés travailler à la ferme très jeune. C'est seulement à son mariage que mon père est revenu ici. Il a épousé Ernestine Communier de Concoret le 19 octobre 1928. Quant à mon oncle Joseph, il s'est marié avec une fille de Gaël " précise Thérèse.
 
Si elle est la seule descendante des Dandin au Gretay, elle ne manque pas de cousin dans le village. " Perot et Martin, on est tous des cousins " dit-elle.

 

 
 
Pierre et Ernestine Perot ont deux enfants : Thérèse et Anne-Marie. " Ma soeur est née le 15 janvier 1948. Elle s'est mariée avec Gérard Pencolé de Ménéac. " Tandis que Thérèse a épousé Georges le 1er octobre 1957.
 

 
Pèriode entre deux guerres
Sur la feuille de souvenirs, Thérèse écrit " 1920-1940. C'est entre les deux guerres. Nous étions une vingtaine de jeunes à fréquenter l'école de Mauron. Et plus tard, les cours ménagers pour certains. "
 
Et complète oralement " à l'époque le Gretay était un grand village. Il y avait quinze habitations. Ici de notre côté du village, on était sept filles et trois garçons à aller à l'école de Mauron, où aujourd'hui est situé le collège privé. On était du même âge, les plus grands travaillaient. "
 
 
La guerre
Retour sur la feuille de notes de Thérèse. " 1940. Les femmes remplacent les hommes au travail de la ferme et dans les champs. Certaines ont conduit les chevaux pour labourer. "
 
" Mon père part aussi à la guerre. Ils sont trois à partir de ce village : Martin, Guillon, Perot. Ils seront prisonniers en Allemagne.
 
Pendant la guerre, pour nous ce n'est pas simple. Je me souviens que deux bombes sont tombées du côté du pont, à côté de la gare. C'était en 1944.
A Mauron, on s'est organisé pour préparer les colis et les envoyer aux prisonniers. C'est Madame Guillois, marchande en gros, qui les expédiait. Avec ma mère, on allait les préparer. On y mettait tout ce qui était de mieux, on ne gardait rien pour nous, on envoyait tout.
 
Les Allemands passaient dans les fermes chercher de la nourriture. L'école était fermée, alors on allait dans les celliers, les greniers chez les habitants pour les cours."
 
 
" C'est une photographie prise pendant la guerre. Je suis ici avec mes deux copines : Marcelle, future Madame Languille ( de Mauron ) et Marie, devenue Madame Onno ( de Néant-sur-Yvel ). On est du même âge " raconte Thérèse.
 
Papa est revenu le 20 mai 1945, avec les autres prisonniers du village.
C'était la fête sur le patis du village. Nous avons allumé un feu de joie. Il y avait une buvette. Je ne crois pas qu'il y avait du vin. Que du cidre. " 

 
 
Après la guerre,
Thérèse continue l'école à Ploërmel pendant deux ans de 1946 à 1948. " Ici, je suis avec mes amies de l'école. Quelques-unes sont de Mauron " présente Thérèse.
 
" Mes parents voulaient que je continue l'école, mais je voyais bien qu'ils avaient besoin de moi pour travailler. Alors, à 13 ans et demi, j'ai le certificat. Mes parents m'offrent un vélo.
 
Plus tard, à mes 20 ans, je voulais partir à Paris chez une tante, mais comme elle habitait à Pigalle, mon père s'est opposé, car pour lui c'était une question d'honneur d'habiter dans ce quartier " rit Thérèse en se rappelant ce fait.
 
 
 
Dans ces années après guerre, Thérèse passe son temps à aider à la ferme et dans la Jeunesse agricole catholique. " Avec ces jeunes, on organisait une fois par an la Fête de la coupe de la joie. Parfois, c'était à Mauron, sur le terrain, où aujourd'hui est construit le cabinet médical. Parfois, c'était à Illifaut. Sur cette photo j'ai 18 ans. "
 
A 20 ans, Thérèse rencontre Georges. " On était avec les copains, les voisins. Nous nous sommes fréquentés pendant trois ans avant le mariage. On ne pouvait pas se marier parce qu'il fallait attendre le frère de Georges, Ernest, parti à la guerre en Algérie " racontent Thérèse et Georges.
 
 
Retour dans les notes de Thérèse. " 1950. L'évolution - agrandir les fermes, augmenter le cheptel en particulier les vaches laitières et quelques cochons. Il y avait environ dix fermes."
 
Jusque là les gens vivaient de leurs produits de ferme " beurre, cochons, blés, pommes, oeufs qu'on vendait pour acheter des ustensiles pour la ferme. On ne dépensait pas à l'époque. Pas comme aujourd'hui. Dans ces années, on avait pas non plus à payer toutes ces assurances, à part incendie. "
 
 
La vie familiale
Le jour du mariage de Thérèse et de Georges : le 1er octobre 1957.
 
" Georges est venu me chercher avec toute sa famille en bus et nous sommes allés à l'église. Dans le car, on chantait les chansons, vous savez comme dans le recueil de Chansons de Mauron " se souvient Thérèse.
 
A leur mariage, cent vingt convives ont été invités et il a duré deux jours. " D'abord, nous sommes allés à la messe et après au repas, qui a eu lieu dans l'ancienne salle des fêtes. Celle qu'on a démolie l'an dernier à côté de la mairie, où il y avait aussi les pompiers " précisent Thérèse et Georges. Et continuent " le lendemain, nous sommes revenus au Gretay pour un repas et on a fait une balade dans la campagne."
 
 
Tous les deux agriculteurs, Georges et Thérèse commencent à exploiter les terres " au début on avait 15 hectares, puis 28 et à la fin 40. Ils étaient étendus entre Ille-et-Villaine et Morbihan. C'était une exploitation avec les vaches laitières, nous avons commencé avec huit et après on avait un cheptel de quarante bêtes. "
 
" Quand je suis venu ici, il y avait la fièvre aphteuse. Une épidémie, mais qu'ici au Gretay. A l'époque, on n'abattait pas les animaux comme maintenant. On les soignait. Alors pour venir vivre ici, à cause de cette maladie, j'avais besoin d'un certificat du maire " se souvient Georges.
 
Cet événement fera remémorer à Georges et à Thérèse une autre épidémie " en 1974. Beaucoup de vaches sont mortes. On a payé les gens qui sont venus les abattre. Payés très cher. Après un camion d'équarrissage est venu les chercher et ils ont enterré toutes les bêtes au Point Clos. C'était un vrai carnage. Dans une ferme, ils ont tué tous les animaux. Ils avaient le droit de garder juste leur petit chien " raconte Georges encore affairé par cette histoire. "
 
En 1960, les fermes s'agrandissent. " Il y a aussi l'arrivée de la retraite pour tous les anciens. Avant ça n'existait pas ici. Les fermiers commencent à acheter les tracteurs, car le Crédit agricole se met à prêter de l'argent."
 
Sur sa feuille, Thérèse a écrit pour cette période " Remembrement ! Les conseillers agricoles sont apparus. Il y avait des réunions le soir, des voyages d'études. La télé. Promotion rurale. "
 
" Aussi, les premiers engrais sont arrivés. Ils nous apprenaient comment et pourquoi il faut les mettre. Ils nous expliquent aussi qu'il faut semer de l'herbe pour les vaches au printemps. C'est également le début des aliments  Sanders. Avant, on avait pour les vaches des réserves : betteraves, choux, foins, pailles, céréales. Les conseillers nous apprennent comment faire autrement. Chaque ferme à un peu de vaches , six à sept, des poules, des cochons. "
 
 
Toute un autre mode de vie s'installe dans le pays. Toutefois la solidarité entre les habitants continue. " On faisait ensemble les battages. Quand on tuait un cochon, on partageait avec les voisins. Il n'y avait pas de congélateurs. "
 
 
 
Leur premier enfant, Annick, est née le 3 août 1958, ensuite vient au monde Pierre - Paul le 9 janvier 1960 et puis Bernard le 23 décembre 1962. " Nos enfants sont allés à l'école de Mauron. "
 
Aujourd'hui, Thérèse et Georges sont grands-parents. " Nous avons deux petits-fils Charles et Pierre-Henri. Ce sont les enfants de Annick.  "
 
 
Pendant leur vie active, Georges et Thérèse faisaient partie " du GVA, pour le métier. Aussi, Georges pendant six ans a été président du comice agricole " informe Thérèse.
Georges a pris sa retraite en 1991. Thérèse a continué encore un an. " Et oui, elle était aux commandes pendant un an et moi, j'avais le droit de dormir avec la patronne " rires et plaisanteries de Georges.
 
En 2007, ils ont fêté leurs Noces d'or. Le beau bouquet offert par leurs proches est toujours posé dans la salle à manger.
 
Depuis la retraite, le couple, comme d'ailleurs pendant toute leur vie, reste inséparable. Ils participent aux rencontres de l'Université du temps libre ( UTL), du Club des retraités et aussi s'impliquent à l'embellissement de l'église paroissiale de Mauron. " Ces sorties sont importantes pour voir les gens. Beaucoup sont du même âge que nous et nous pouvons parler de l'ancien temps. "
 
 
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