Le C@rnet du Terroir
Cahier société
 
Juillet 2009
 
La consommation durable : les énergies électriques
 
La politique de la France privilégie l'énergie nucléaire et à la fois ouvre les portes aux promoteurs d'éolien afin de préserver les intérêts des grands actionnaires des entreprises touchées par l'inflation.
Et aussi...
 
 
- Je fais ma petite promenade. Depuis qu'ils sont arrivés, je viens tous les jours pour voir... Ah, ça change, toutes ces machines autour de nous. Je n'habite pas loin, vous voyez, là-bas dans le creux. A 200 m de cette éolienne.
-  A 500 m ?
- Ah non, il n'y a pas 500. J'ai toujours vécu ici, je connais.
 
Le vent souffle fort, on s'entend à peine. Les yeux de l'ancien se tournent vers la seule éolienne élevée. Les six autres viendront.
 
- Quelle machine, ah. Je ne pensais pas que c'était si grand. Quand on est à côté c'est grand.
- Vous saviez qu'ils vont les installer ici ?
- Oui, oui. Ils sont venus nous faire signer des papiers. Il faut dire qu'il y en avait tellement et il fallait signer tout de suite.
- C'était pour quoi, ces papiers ?
-  C'était notre accord pour qu'ils montent ces machines à côté de chez nous.
On est une dizaine d'habitants, des vieux et jeunes. On peut rien dire, les autres décident, nous, on a qu'à suivre.
Le fermier a signé pour les machines, mais il n'était pas content quand ils ont taillé dans son maïs pour faire le chemin. Enfin, ils s'arrangeront. On a pas inventé l'argent pour rien.
 
Dans notre dos l'orage grogne. Arrêtés au croisement des chemins, on scrute l'horizon.
 
- Et là-bas, ce sont des éoliennes d'où ?
- De Ménéac aussi et de Mohon. Six. Sacrés bêtes ! On en aura bientôt partout...
Les mots à peine dits que le vieux a déjà repris la route vers sa maison.

 
 
 
Au milieu de cet après-midi, le chantier fonctionne au ralenti. " Trop de vent " lance l'un des ouvriers.
Ils sont neuf Français à travailler pour une boîte allemande Enercon.
" Nous avons une antenne dans l'Oise et la maison mère est en Allemagne. "
Le chef d'équipe, un jeune électricien explique les choses clairement. " Là, cette grosse pièce, pas le droit de photographier. "
 
Pendant qu'on discute la pièce en question est recouverte d'une grande bâche. Secret de fabrication industrielle.
" Ce sont des petites éoliennes d'1 MW. Celles-ci sont en métal. Le pylône de 74 m est composé de trois parties: une de 42 tonnes, la seconde de 25 tonnes et la troisième de 16 tonnes. Plus le générateur avec les trois pales, l'ensemble pèse 19 tonnes. L'ajustage de ces pièces est au millimètre près. "
 
Le vent qui souffle ce jour-là empêche cet ajustement et le travail est arrêté.
Une fois les installations faites, un courant de 680 volts sera fabriqué en haut des éoliennes, puis en bas, il sera propulsé à 20 milles volts pour être envoyé sur le réseau d'EDF en haute tension.
Ce type d'éolienne est fixé sur une dalle en béton armé spécifique. Dans le cas d'une éolienne de 1MW en métal, la dalle est en forme de cône de 12 m de diamètre dans le sol et de 4m à la surface. La profondeur de la dalle est de 4 m.   
Les éoliennes en pièces détachées sont acheminées d'Allemagne à Brest, puis par convois exceptionnels dans les champs de Ménéac. 
" Les convois arrivent tous les deux à trois jours. "
 
Sur la route du retour  les panneaux des villages s'affichent : Couët Billy, la Cloture, Grand Guenan...
Quel est le village du grand-père rencontré au pied des éoliennes ?
 
 
L'industrie éolienne étrangère installe ses machines en France
Depuis 2004, le prix des matières premières :  acier, cuivre, béton,  les composant des éoliennes, a fortement augmenté en Allemagne. Ainsi, le prix de revient d'un mat a augmenté de 50%, celui d'un générateur a littéralement doublé.
Pour trouver les solutions dans le secteur éolien face à l'inflation, en 2006 est créé le bureau franco-allemand de coordination pour l'éolien. Entre ces deux pays la coopération en matière des éoliennes devient durable.
Les trois principaux constructeurs allemands d'éoliennes Enercon, Repower et Nordex continuent de vendre ses machines. Ils emploient 70 000 personnes, se partagent 20% du marché mondial.
En 2007, l'industrie éolienne allemande dépasse 6 milliards d'euros de chiffre d'affaires. 80% de ce montant est réalisé à l'exportation.
Les constructeurs étrangers, Vestas et de GE Energy, font de même pour écouler leur stock en se lançant à la conquête des territoires dépourvus d'éoliennes, tels que la France, où en plus une garantie d'achat d'électricité vert à un prix fixe sur 15 ans a été ordonné le 14 juillet 2007.
  

 
 
 
France-Allemagne : les différences électriques
En Allemagne, la dernière centrale nucléaire (Neckarwestheim) a été mise en service en 1989. En mai 2009, douze centrales nucléaires sont en service pour un total de dix-sept réacteurs nucléaires. Suite à la loi en faveur de l'arrêt du nucléaire civil  (en 2000), la dernière centrale devrait fermer en 2021.
Dans un tel contexte le développement des énergies éoliennes  a été cohérent tant qu'il y avait de la demande et de la place. 
 
En France, un parc de 58 réacteurs nucléaires répartis sur 19 sites produit 78% d'énergie électrique. 
Deux nouveaux réacteurs de type EPR (European pressurized reactor), sont en projet : un à Flamanville, le second à Penly ( projet annoncé en janvier 2009 ).
La politique de la France privilégie l'énergie nucléaire et à la fois ouvre les portes aux promoteurs d'éolien afin de préserver les intérêts des grands actionnaires des entreprises touchées par l'inflation. Et aussi...
 
 
 
 
L'objectif : offrir un produit spécifique à tout consommateur
Au début de ce troisième millénaire, un nouveau modèle de consommateur est né : un consommateur soucieux des problèmes écologiques de sa planète.
Pour sauver la Terre, ces consommateurs sont capables de baisser  considérablement leur consommation énergétique. Les appareils nouvelle génération, qui consomment peu d'électricité sont mis sur le marché.  Le secteur de construction des bâtiments est doté des isolants très performants.    Et très prochainement les voitures électriques vont se populariser.
Tous ces efforts sont réalisés pour éviter la surproduction de la CO2.
Bonheur pour les uns, mais une perte d'argent pour les autres.
Le spectre de l'argent non dépensé flotte sur l'Hexagone. Impensable. 
 
Alors, la politique s'accorde avec la demande. En plus de l'électricité des centrales nucléaires, il faut des éoliennes en masse. Les schémas éoliens sont dessinés, beaucoup à titre indicatif. La France se couvre d'éoliennes : 2 500 à présent  et 6 000 de plus dans l'avenir proche. Le consommateur vert pourra ainsi consommer à volonté et avec bonne conscience.

 
 
 
Encore un mot sur l'économie d'énergie électrique
La sobriété énergétique est inscrite dans la loi depuis le Grenelle de l'environnement.
A chaque fois qu'un schéma d'implantation des éoliennes est esquissé le premier point qui est abordé est justement la sobriété énergétique.
 
Cependant, le 9 juillet dernier la Commission de régulation de l'énergie (CRE) a condamné l'entreprise Voltalis, (qui permet aux particuliers les économies d'électricité ) à dédommager EDF.
Comment ça marche : Voltalis installe chez un  particulier un boîtier qui permet à distance de débrancher momentanément le fonctionnement d'un certain appareil. Ceci se produit au moment  de fortes pointes de consommation électrique. L'électricité non consommée par cet appareil est renvoyée sur le réseau. Cette manipulation évite le branchement des centrales thermiques très polluantes. 
Une véritable économie d'énergie est réalisée du fait qu'il n'y ait pas de demande d'électricité supplémentaire.
 
Les économies d'énergie sont plus simples et moins chères que l'augmentation des capacités de production, pour laquelle le patron d'EDF a récemment réclamé la hausse des tarifs de 20%.
Dans cette situation chaotique est présentée la taxe carbone.
 
 
 
 
Le cercle infernal : construire plus, pour consommer plus et être taxé
Comme les éoliennes imaginées dans les années 80 pour sortir du nucléaire, la taxe carbone a été aussi lancée dans les meilleures intentions.
Une des propositions du livre blanc consistait à redistribuer le produit de cette taxe par le biais d'un "chèque vert" uniforme à tous les ménages. 
Hélas, une fois de plus l'idée est détournée. Les écolos sont vraiment trop verts !

La commission Rocard suggère la mise en place de cette taxe carbone accompagnée de compensations très partielles pour les consommateurs et qui reviennent à prendre de l'argent aux ménages pour combler notamment le manque à gagner après la suppression de la taxe professionnelle.
 
( Quand les industriels des éoliennes souhaitent avoir les terrains pour leurs machines ils promettent aux collectivités les retombées importantes de la taxe professionnelle. Jusqu'à présent, cette taxe a été imposée aux entreprises qui s'installaient dans les communes. Désormais, ce fonctionnement a changé et  d'autres procédés la remplacent, notamment la taxe carbone pour les ménages. )   
 
En clair : les sources de la production d'électricité se multiplient pour satisfaire tous les consommateurs, qui vont continuer de consommer beaucoup ce qui permettra à la taxe carbone un bénéfice durable.
 
Et si c'était le coup de la fourchette royale : échec aux écolos, main mise sur les consommateurs et renforcement de la position des grands actionnaires ?
 
 
 
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