Le C@rnet du Terroir
Cahier patrimoine

Décembre 2008
 
Un tour au Pont-Ruelland avec Jean et Didi Salmon 
 
 
Parfois, Jean et Didi s'assoient ensemble et jouent des airs d'antan. Les frères Salmon, élevés dans une famille à une longue tradition musicale, réveillent les mélodies du pays de Mauron.
 

 
Adrien Salmon et Amélie Garel, les parents de Jean et  Didi, aimaient la musique et toute leur vie ont encouragé leurs petits à la pratiquer. " Mon père savait jouer de la mandoline et de l'accordéon. Mon grand père Mathurin Garel était violoniste, il était des Fossés aussi. Et même mon arrière grand père jouait du violon " confie Jean qui n'a jamais quitté le pays. Sa vie s'est déroulée au rythme du " piano des pauvres " à réjouir les coeurs des danseurs des bals, des mariages et autres fêtes locales.
 
 

 
 
" Mon frère Adrien, dit Didi, est né le 3 novembre 1939 aux Fossés en Mauron, comme moi " donne le ton Jean qui ce 23 décembre soufflera ses soixante-dix bougies et qui continue de vivre à la vitesse des valses.
 
 
 
 
Cette année, par exemple Mr.Salmon n'a pas hesité un moment devant la proposition d'un vol plané. " Mon ami Victor Allain m'a téléphonné pour me dire qu'il fait beau et un tour en ULM me fera du bien. Alors je suis allé. C'était magnifique " s'exclame Jean.

 
Le Pont Ruelland, quartier de Mauron, situé à proximité des Fossés, revient souvent dans les récits de Jean Salmon. C'est là-bas que se trouvait sa première école " j'avais 6 ans et j'allais avec mon frère à pieds sur un kilomètre à l'école. Elle se situait dans l'endroit où est aujourd'hui l'entreprise Conoir. C'était pendant la guerre. Cette école publique était dirigée par Mme Pruel, son mari instituteur était prisonnier. Il y avait trois classes. A 12 ans, je suis parti à Mauron " raconte Jean, qui à 14 ans, obtient son cértificat d'études et commence alors à apprendre le métier de menuisier ébéniste " comme mon père " précise-t-il.
 
Un conte de Noël
" Un jour, mon père est allé travailler à la ferme de la Bodinais. Il y trouvera une boîte avec une mandoline. Habile, connaissant les instruments et leur fabrication, il l'a réparée. Et il m'a appris à en jouer. C'était mon premier instrument. Plus tard, Mr. Pruel, instituteur, en partant du Pont Ruelland m'a donné un banjo. A 10 ans, ma grand-mère Marie Sainte Costard m'a offert le violon de mon grand-père " raconte Jean Salmon, qui dès l'âge de 10 ans prendra des cours de solfège chez les soeurs de l'Action de Grâce.
 

Quant à l'accordéon, il lui faudra attendre Noël 1951. " Mon père a fabriqué un meuble, un buffet pour Lucien Le Cornec et s'est arrangé avec lui pour recevoir un accordéon après le travail accompli. Mon père savait que j'en voulais un, mais il m'a dit : tu auras seulement ton accordéon si tu obtiens en juin le certificat d'études." Il fallait attendre plusieurs mois.
" Que ne fut pas ma surprise, quand le soir de Noël, sur la table de nuit, j'ai trouvé l'accordéon. J'ai gardé toute ma vie ce premier accordéon. Regardez, il est encore là. " Calé dans un fauteuil en bois, l'accordéon de Jean s'endort, boutons en nacre pointés, une bouche en harmonica resserrée. 
  

 
 
Voila Jean à 16 ans, sur le chemin en direction de Rennes pour prendre des cours de musique chez Mr et Mme Plessis. " Tous les quinze jours, je partais pour passer une journée à Rennes, le voyage était long. Les cours duraient deux heures. "  Cet apprentissage pendant deux ans donnera à Jean une aisance dans le jeu de l'accordéon. " A 17 ans, convaincu de savoir bien jouer, j'ai commencé à animer les bals. Mon répertoire s'agrandissait. Je jouais vite, de plus en plus vite. C'était une bêtise, j'ai pris de mauvaises habitudes. Pour devenir un bon musicien, il aurait fallu attendre, continuer les cours, s'exercer. Je l'ai compris plus tard et le jour où j'ai rencontré Philippe Catalano, j'ai pu de nouveau reprendre les cours. "

 
Philippe Catalano, professeur universitaire de musiques, est arrivé à l'Ecole de musique de Mauron dans les années quatre-vingt-dix, puis est devenu son directeur.
A présent, l'école fonctionne toujours ; l'étude de nombreux instruments et du chant est possible. Entre temps, il a ouvert une autre école à Guillac. Aujourd'hui, les deux écoles forment des musiciens de qualité, qui sans souci, intègrent le conservatoire de musique à Rennes.
 
 

 
" A mon époque, nous n'avions pas eu la chance d'avoir une telle école. Aujourd'hui, nous sommes gâtés " souligne Jean, qui une fois à la retraite, en 1998 profite des cours de Philippe Catalano et retourne sur le banc. " Philippe est resté mon professeur pendant six ans. J'ai appris plein de choses. Au début, j'ai eu du mal, je jouais trop vite. Et avec sa patience, j'ai repris le rythme. Il faut apprendre doucement, la vitesse vient en jouant. "
 

 
Jean Salmon s'est investi aussi dans cette école en tant que bénévole. Il a occupé pendant six ans le poste de trésorier. " Cette école est formidable. Dans nos campagnes, nous n'avons pas beaucoup d'écoles de cette qualité. Et Philippe a une conscience professionnelle remarquable. Il se coupe en deux pour que ça marche."
Jean garde toujours un lien étroit avec l'école de musique, il participe aux animations, félicite les jeunes. 
 
 
Quant aux bals et mariages " le premier mariage dans lequel j'ai joué a eu lieu à Saint-Lèry le 11 février 1956. Ensuite, nous avons constitué un orchestre de trois ou quatre musiciens avec mon frère qui joue de la batterie, moi à l'accordéon, un saxofoniste et un guitariste. "  Pendant les dix années qui suivront ; Jean continuera les bals publics et jusqu'à septembre 1971 les mariages.
 
Afin de préserver les musiques des fêtes, Jean Salmon réalise avec l'aide de Marie et René Guillotin, Didi Salmon, Marie Lemée, Marie Gergault et d'André Fagot un Recueil de chansons de mariage de Mauron. La transcription informatique est réalisée par Emmanuel Morin, élève de l'École de musique et sous l'oeil expert de Philippe Catalano.
 
Gilles Montgobert, alors membre de la commission patrimoine de la municipalité mauronnaise, signe la préface. " La chanson a toujours rythmé les évenements de la vie. Pilerie, émonderie, fenerie, batterie étaient l'occasion pour chanter. Les assemblées de villages et surtout les mariages qui rassemblaient la famille et de nombreux voisins devenaient prétexte aux chants. "
 
En 1972, Jean Salmon et ses amis fondent le Comité des fêtes au Pont -Ruelland. Une autre aventure commence.
 
 
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