Le C@rnet du Terroir
Cahier société
 
Février 2009
 
Les chenilles deviendront-elles encore des papillons ?
 
Le monde meurt des pesticides, la France, qui en utilise plus de 80 000 tonnes par an, en est le plus gros utilisateur en Europe ; réfléchissons avant de sortir la grosse artillerie.

 
Comme dans tout le Morbihan, et pour la 3ème année consécutive, la La Fédération morbihannaise de défense contre les ennemis des cultures ( Femodec) organise la lutte contre la chenille processionnaire du chêne, larve d'un papillon qui peut ponctuellement pulluler.
Les arguments mis en avant : le risque sanitaire pour les personnes et les animaux (allergie due aux poils urticants de la chenille), et l'affaiblissement des arbres par défoliation pouvant aller jusqu'à leur mort.
 
 
Le produit utilisé est le Foray 48B, insecticide qui présente une activité spécifique sur les chenilles de lépidoptères, c'est-à-dire les papillons. La lutte est dite " biologique ", car le produit est à base de Bacille de Thuringe (Bt).
Le Bacille de Thuringe est très utilisé, il est le fer de lance de la lutte biologique, un adjectif qui peut nous faire croire qu'il est inoffensif. Mais le bacille Bt porte et exprime des gènes d'entérotoxines potentiellement pathogènes pour l'homme, et il a été retrouvé dans les fécès de travailleurs agricoles. On le retrouve aussi dans les sédiments des fleuves.

 
En outre, ce qui est déjà beaucoup moins biologique ce sont les molécules chimiques associées dans le produit de traitement et dont on ne connaît presque rien.
 
En tout état de cause ce traitement ne doit pas être appliqué à moins de 5 mètres de tout égout, fossé, ruisseau, point d'eau.
 

 
On peut se demander si la lutte contre ces chenilles est efficace : s'il faut recommencer le traitement chaque année, c'est probablement parce que d'une part les individus résistants finissent par prédominer (le Bt ne tue jamais 100% des chenilles), et que d'autre part on favorise l'infestation en détruisant les prédateurs naturels de ces chenilles.
 
 
L'un des gros tueurs de ces chenilles est un très bel insecte aux reflets métalliques verts, le Calosome sycophante qui étripe plus de larves qu'il ne peut en manger. Les ennemis naturels des chenilles processionnaires sont nombreux, mais eux aussi trop souvent victimes des pesticides, d'où une moindre efficience.

Le monde meurt des pesticides, la France, qui en utilise plus de 80 000 tonnes par an, en est le plus gros utilisateur en Europe ; réfléchissons avant de sortir la grosse artillerie.
 
Texte : Elisabeth Serafinski
 
Credit photos :  http://www.insectes-net.fr
 

 
 
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