Le C@rnet du Terroir
Cahier tourisme
 

Décembre 2008
 
Le conte à rebours de Dominique Grall
 
Qui ne l'a pas croisée sur son chemin ? Dans les écoles, festivals, fêtes des villages, elle conte et raconte les histoires de sa terre natale le Finistère et aussi du pays de Brocéliande où elle a décidé de s'arrêter.
Dominique Grall, à l'aube de ses cinquante ans le 17 juillet prochain, se lance dans un nouveau défi : animer un gîte rural et prendre en charge le dernier commerce à Saint-Brieuc de Mauron, sa commune de résidence.
 
 
 
" Au début, je n'étais pas conteuse. Après ma formation d'animatrice nature à l'Union bretonne pour l'animation des pays ruraux (Ubapar) je suis venue en stage à la Soett à Concoret " explique Dominique. Dans cette association, labellisée aujourd'hui Centre permanent d'initiatives pour l'environnement (Cpie) de la forêt de Brocéliande, Dominique restera de 1994 à 1998. Après cette période, Dom a choisi de faire une escapade dans le Jura. " Je voulais vivre dans les montagnes rondes, pas trop pointues. J'ai pensé rester plusieurs années. J'avais tout : la maison, le travail et la région était magnifique. Hélas, j'avais le mal du pays. Au bout d'un an, je suis revenue et j'ai aménagé dans la maison où j'habite jusqu'à aujourd'hui. "
 
 
Et tu conteras...
 
L'idée de conter la possédait déjà depuis quelques années. " A la Soett, en tant qu'animatrice, je contais, mais c'était un acte, dirai-je naturel, sans que j'en prenne conscience. En 1997, j'ai rencontré Pascal Foliot, lors d'un stage. Il a changé ma vision de conter. Enfin, il m'a bouleversé : mes idées, pensées. Tout. J'ai compris ce qu'était le conte. Il m'a mis dans le rôle d'artiste. " Cette rencontre porte Dominique sur scène où elle conte une épopée irlandaise. " C'était fabuleux, passionnant. Je savais que c'était beau, mais je ne maîtrisais rien, c'est ce qu'on appelle « un état de grâce ou la rencontre avec l'ange », j'étais portée par lui car moi j'étais hors d'usage, dévorée par le désir et la peur de raconter. Le public a été émerveillé. A partir de ce moment là, je n'ai plus conté avec l'insouciance des débuts. Il m'a fallu beaucoup de temps pour retrouver une spontanéité, une manière simple d'entrer en relation avec le public. Je dirais que ça ressemble à de l'art naïf, il faut tout un travail d'artiste pour retrouver ce que nous possédions naturellement enfant et perdu à jamais pour la plupart d'entre nous ."
 
En 2000, Dominique rejoint une équipe d'écrivains principalement de Concoret qui suit l'idée de Ronan Coignard : créer une pièce de théâtre pour fêter le nouveau millénaire. Dirigés par Catherine Zambon, ils écrivent : Tu sais ce qu'ils disent ? 
La mise en scène est assurée par Charles-Édouard Fichet. Dans ce groupe, Dominique fait la connaissance de Fanny Vandendriessche, qui joue le rôle de Bleu et deviendra l'animatrice de l'atelier théâtre du pays de Mauron. Plus tard, Dom et Fanny travailleront régulièrement ensemble.
" Tous les textes de cette pièce de théâtre jouée par des comédiens amateurs et professionnels, n'étaient pas retenus. Les mots en lisière ou comme Catherine les nommait " les copeaux à brûler ", je les ai récupérés pour conter une histoire parallèle " se rappelle Dominique. Elle a été particulièrement touchée par les récits " des gens qui ont les mains trempées dans la terre " : Jean-Marie Aubert, agriculteur et Michel Duno, paysagiste.
Charnellement liée à la nature, spontanée dans tout son être, l'art de jouer la comédie ne raisonnait pas en elle. " C'était difficile. Je ne savais pas comment m'y prendre. Puis les choses se sont faites naturellement. Les textes de la pièce de théâtre et de mon histoire se sont entremêlés, le public participait. C'était bien. "
 
 
 
Deux autres rencontres, vécues à la même période, ont façonné Dominique Grall, conteuse. Elle a entamé à la fois une formation avec Henri Gougaud , conteur traditionnel et en parallèle elle a travaillé sur les " textes en lisière " avec Charles-Édouard Fichet. " Les deux expériences étaient très riches. Je m'interrogeais : est-ce que comme une éponge, je vais pouvoir m'imprégner des deux concepts ? Henri Gougaud qui met l'accent sur la saveur, la force des mots, l'énergie qu'ils dégagent, la relation intime entre le public et le conteur, entre le conte et le conteur, tout est vivant et doit être aussi simple qu'une conversation.
Un ami conteur me disait que c'était normal d'avoir le tract , le conte ne se laisse pas faire, c'est de la matière vivante, mais qu'un jour la chaise de douleur deviendra une chaise de plaisir. Il avait raison.
Quant à Charles-Édouard Fichet, il me faisait prendre conscience de l'espace scénique qui a déjà sa propre histoire et dans lequel je devais trouver mes marques pour raconter une histoire. "
C'était étrange, les deux univers : théâtre et conte se confrontaient  et en même temps révélaient leur justesse.
Les mots d'Henri la persuadaient qu'il avait raison, puis de retour devant Charles-Édouard, elle penchait pour sa version du spectacle. Et c'est leur contradiction qui a ouvert Dom sur l'infini du conte.
 

Sur le chemin du conte, avec le théâtre et les écrits
 
Dominique Grall conte les histoires des autres et aussi aime écrire ses propres récits. En 2003, elle participe à l'atelier d'écriture organisé par Charles-Édouard Fichet alors directeur de l'Office culturel de Mauron et animé par Fanny sur le thème du quotidien. Ces rencontres littéraires ponctuées par des interventions d'écrivains tels que Kouam Tawa et Roland Fichet donnent naissance à un recueil de récits écrits par vingt auteurs, habitant en France " au coeur de la campagne du pays gallo " et au Cameroun " à Bafoussam et Yaoundé ". Il est intitulé L'autre côté . Dom écrit et dessine les illustrations de ce livre, avec comme préface de Charles-Édouard Fichet " Écrire, lire, connaître l'autre. L'autre qui cesse d'être une masse de population amalgamée dans une information trop vite consommée pour devenir un individu qui se débat chaque jour avec sa réalité. "
Ce livre possède aussi une version de textes chantés et réalisés par Mike James. A la suite de ce livre, un spectacle est mis en scène par l'atelier théâtre de Fanny Vandendriessche.

Dominique et Mike se retrouveront de nouveau un peu plus tard, en 2007, pour conter et chanter ensemble les textes et musiques des Pays celtes. Ils participeront notamment au festival organisé par l'Office socioculturel du pays de Mauron Derrière les talus.
Artistes complémentaires, ils s'apprécient beaucoup. " Mike, c'est l'écoute. Il trouve très vite les mélodies pour mes textes. Grâce à sa musique, mes contes se mettent en couleur " souligne Dominique. Et ajoute " nous allons certainement travailler de nouveau, peut-être en proposant un spectacle pour le jeune public. " Leurs balades contées et chantées ne se ressemblaient pas. Elles prenaient une sonorité différente selon les endroits qu'ils traversaient.
 
 
 

Pour donner la voix au conte, Dominique Grall a participé aussi aux ateliers de Roy Hart Théâtre. " C'est une pratique théâtrale qui étudie la voix du comédien. C'était incroyable, j'ai découvert des sons de ma voix, graves et aigus que je n'avais jamais utilisés, que je ne soupçonnais pas posséder. C'était une découverte émouvante. "
Aussi, elle confie " avoir apprécié la richesse  " du stage de conte et de nature organisé par
Fiona Macleod dans le Cap Sizun.
 
De découvertes en découvertes, car avec Dom rien n'est figé, la voilà partie pour devenir un(e) chef d'entreprise afin d'animer un gîte rural et prendre en charge le dernier commerce à Saint-Brieuc de Mauron, sa commune de résidence. 
Et le conte ?
" Je n'arrête ni l'écriture, ni le conte. Cette année, j'ai guidé les adultes de l'atelier d'écriture à Pontivy et nous allons continuer en 2009. Je pense que toutes mes expériences professionnelles et personnelles vont me servir à la réussite de ce projet. "
 
Le projet en deux mots 
 
" C'est une nouvelle aventure qui commence pour moi. Ce sera un lieu pour se voir, se parler autour d'un verre ou à l'achat d'un pain. Je me rends compte, au fil des jours depuis début juillet, que les gens ont besoin de se rencontrer, de blaguer, de se dire les dernières nouvelles. A force de se voir, il y a maintenant de la complicité entre eux et moi, quand je m'absente ils sont intéressés de savoir où j'étais, ils sont contents de me revoir, ça fait plaisir. "
 
Dans le magasin, (la construction est en cours) Dominique proposera " de bons produits à des prix abordables. Le gîte fonctionne déjà et il accueille des groupes de touristes mais aussi des réunions de famille. Il y a de plus en plus de gens qui veulent passer un week-end ensemble en dehors de leur maison. Je leur proposerai petits déjeuners, pique-nique à emporter, des repas... En ce qui concerne l'accueil des groupes de touristes, notre région est riche en sentiers pédestres, vélos. Je pourrai aussi accueillir les randonneurs à cheval. Je mets en place des balades contées, des ateliers d'écriture, des balades ethno-botaniques, des ateliers initiation à la peinture, poterie, gravure avec des intervenants extérieurs et parfois par moi-même " développe Dominique. Et ajoute " le fait d'avoir la gestion du gîte d'une part et le bar tabac épicerie et petite restauration d'autre part me permet une autonomie. Je garde ainsi contact avec les habitants et je rencontre les gens d'ailleurs. Il y a aussi des gens de la commune qui veulent s'investir dans ce projet et certainement que les vendredis et samedis seront des soirées pour eux. En coopération avec Aude Le Guen de l'Office socioculturel, nous allons avoir des animations culturelles."
 
 
 
Réalisé par Le C@rnet du Terroir   avec NetLor Studio - Informations légales