Le C@rnet du Terroir
Cahier patrimoine
 
Dans une commune en région parisienne une pancarte posée près de l'entrée d'une  maison annonçait : ici habite la mémoire du pays. En quelques phrases et photos, cette personne " mémoire " a été présentée. C'est cette " rencontre " qui est à l'origine du cahier patrimoine, des pages En mémoire de nos anciens .   
 
Decembre 2008
 
Le train de vie d'Henri et de Marie
passe chez les Cadets et traverse l'hippodrome
 

Marie et Henri Chartier ont passé toute leur vie dans le pays de Mauron.
Bénévoles dans les associations Les Cadets de Mauron et La Société des courses hippiques, ils sont témoins de l'histoire locale.
 
" Je ne sais pas quant je suis né, on m'a dit le 6 juin 1925. Est-ce la bonne date ? C'était à Illifaut. Après, avec mes parents, nous avons traversé la frontière. " (Rires). Henri aime raconter des blagues.
La frontière, c'est pour les départements, né en Côtes d'Armor, Henri s'installe à Mauron,  commune du Morbihan en 1929 avec ses parents Maria Théaudin et Armand Chartier. " Nous sommes venus habiter à la ferme du Château Gris, sur la route de Concoret. Je suis l'aîné d'une fratrie de cinq garçons, René est né après moi, puis Eugène et Armand, les jumeaux et Paul le plus jeune. "
Henri est allé à l'école jusqu'à l'âge de 14 ans, puisqu' " il fallait venir aider les parents à la ferme. "
" Nous étions plusieurs gamins du Gretay et du Château Gris à aller dans cette même école. Elle était sur la route du Plessis où aujourd'hui est situé le bâtiment du collège privé." Henri se souvient encore des prénoms de ces camarades "il y avait Simone, Marie, Marcel, Louis, Arsène, Anna, Robert, André, moi et mon frère René et ensuite les jumeaux. On avaient 6 ou 7 ans. L'école était à 3 km. D'ailleurs, on ne disait pas l'école mais l'asile. A cette époque, les garçons et les filles déjà à la maternelle étaient séparés dans des classes différentes. Dans la cour, on avait un parterre de fleurs qu'il ne fallait pas traverser : d'un côté pour les filles de l'autre pour les gars. Et la bonne soeur veillait. "
 
 
 

 
Les premières octaves chez les Cadets 
Henri en rentrant à l'école primaire de Saint-Pierre rencontre le vicaire,  l'abbé Jan " il cherchait des garçons pour former la société de musique. " Le voilà, dans la fanfare des Cadets de Mauron, nous sommes en 1937. " Nous étions une cinquantaine de personnes âgées de 12 à 20 ans. Au début, j'ai joué du clairon, après de la trompette de cavalerie et puis de la trompette d'harmonie. Les cours étaient donnés d'abord par Auguste Lucas, pour le clairon et Louis Blandel, pour le tambour. On avait des répétitions les mardis et vendredis. Ceci prenait du temps. Beaucoup ont arrêté. " Henri accrochera sa trompette après plus d'un demi siècle passé chez les Cadets. Aujourd'hui, il est président d'honneur de cette association issue du patronage, la plus ancienne de Mauron créée en 1877 par le jeune vicaire de Mauron Jean-Marie Nayl.
 
 
 
" A cette époque, c'était  la seule association du pays. On a pris du plaisir, nous étions une bande de copains. " Henri a gardé sa première licence des Cadets. Il se rappelle toujours de l'abbé Lecointre, qui sera le dernier prêtre à s'occuper de cette association. " C'est lui qui a fait entrer les premières filles aux Cadets. " Ainsi, en 1975 a été créée la section des majorettes, qui deviendra par la suite section de twirling. Aucune fille d'Henri n'étaient dans cette section, pour une simple raison " on a eu que des gars ! "
 
 
" Tu te souviens Henri, tu étais obligé de porter le tambour de Jean-Paul, il était si petit, il n'arrivait pas suivre. Le petit a eu ce tambour par la tante Ernestine, elle l'aimait beaucoup. Elle a acheté également le clairon à Alain. Quant à Bernard, ce sont les Cadets qui lui ont payé son clairon, car voyez, nous avons trois fils et les trois ont joué chez les Cadets. " Voilà Marie, épouse discrète d'Henri, qui l'a toujours guidé, épaulé. La seule Madame Chartier des Cadets. " Marie nous aidait à entretenir les tenues. Dès que les vêtements étaient trop petits, les musiciens voyaient avec elle pour les échanger. Et bien souvent, elle les nettoyait aussi " ajoutera Henri la regardant avec tendresse.

Marie Chartier est née Alis le 13 decembre 1923 à Mauron. Ses parents sont Aimé Alis et Léonie Pinel. Elle a un frère Joseph, né en 1920 et une soeur Germaine, née en 1925.

 
 
Henri et Marie se sont connus pendant la guerre. " On avait 20 ans. J'étais copine d'Henriette, tu te souviens Henri ? On était un groupe d'amis. C'était la guerre. Les Allemands étaient là. Mais nous, on n'était pas malheureux, on n'avait pas faim. "
" De la rafle de Guilliers ? Oui, on se rappelle. Dans les fermes, le matin même, nous en avons entendu parler. Ils les ont gardés dans la cour de l'ancienne école publique où est placée la poste aujourd'hui. Après quinze jours d'attente, ils sont partis à la gare. Et ils ne sont plus revenus. Juste un de Mauron. " 

" De cette époque, je me souviens aussi d'un aviateur anglais. Son avion a été abattu pas loin du village de Carhaillan. Ce matin là, Mr. Guillotin coupait du trèfle. Il a pris en charge l'Anglais et il l'a caché pendant deux ou trois jours, après il s'est caché au Loû, à Saint-Léry. "
    
 
 
" Notre mariage ? C'était en 1949. Mon frère René s'est marié le même jour que nous. C'est le vicaire Marcel Tregarot, qui nous a mariés. Notre messe était à Mauron et René au Bran à 11h. Ce jour, trois cents personnes sont venus pour les deux mariages. La fête a duré deux jours, mais il nous fallait une semaine de préparation " souligne Henri.
Après le mariage, Marie et Henri vivront à la ferme au Château Gris jusqu'à novembre 1950. De leur union sont nés : Bernard en 1950, Jean-Paul en 1953 et Alain en 1956.
" Ensuite, nous avons aménagé dans le quartier de la gare de Mauron. J'ai commencé à travailler à la scierie. On entendait le train passer. "
 
 
Aujourd'hui Henri et Marie ont sept petits-enfants et six arrières-petits-enfants.
 
Le train passe et repasse
" Le train Rennes - Mauron - Ploërmel passait quatre fois par jour : à 9h30 le premier passage pour revenir à 11h et après à 15h avec le retour à 17h. Comme ça, deux trains circulaient avec des wagons de marchandises et un wagon pour les passagers. Avant la guerre, le quartier vivait avec les cafés, hôtels, entrepôts. Ensuite, une compagnie de taxis s'y est installée pour aller chercher les voyageurs à la campagne et les déposer au train."
 
Quand Henri est arrivé dans le pays de Mauron avec ses parents, le train allait déjà à toute vapeur. Bref, vapeur ou pas, la voie ferrée était utilisée depuis 1884. Ce trafic pour les voyageurs durera jusqu'à 1938, puis petit à petit les passages des trains diminueront.
" Je me souviens du jour où j'ai pris le train pour la première fois. C'était en 1936 ou 1937. C'est mon père qui nous a proposé de prendre le train pour aller à une fête à Saint-Méen. C'était bien. On restait assis à regarder le spectacle, la nature. Plus tard, quand j'étais adulte, j'allais sur Rennes avec les enfants. On prenait la Micheline. Elle partait à 7h du matin pour revenir à 18 h. "

En 1991, les derniers trains de marchandises ont cessé de circuler. La voie ferrée est devenue en 2002 la voie verte : une piste sécurisée ouverte aux piétons, cyclistes, rollers et personnes à mobilité réduite sur 53 kilomètres allant de Questembert jusqu'à Mauron et bientôt Saint-Léry.

 
 
Pour Henri et Marie, l'histoire des trains à Mauron ne s'arrête pas là, car prochainement, officiellement fin 2009 le train sifflera de nouveau dans leur quartier.
La réhabilitation de la ligne de chemin de fer de la Brohinière vers Gaël, puis Mauron est en cours. La ligne doit servir uniquement pour le fret.
Quant aux voyageurs, les derniers ont pris le train à Mauron en 1972, ils ne leur restent qu'à rêvasser sur cette bête si humaine.

Du côté de Saint-Méen le Grand, on annonce la remise en circulation des trains à la fin de l'année 2008. La vitesse maximum de ces trains sera de 30 km/h.
Le projet est financé par  l'État : 2 millions d'euros, le Conseil régional : 2 millions d'euros, le conseil général d'Ille-et-Vilaine : 2 millions d'euros, le conseil général du Morbihan : 1,5 million d'euros et RFF : 480 000 euros.
 
On prend le train pour regarder les courses hippiques ?
Oui, c'était possible en 1913, la première année des courses hippiques à Mauron. Dans ces premières années, les courses étaient organisées sur l'hippodrome des Bruyères, aujourd'hui rue de Bignon. " Il n'y avaient pas de pistes à l'époque. Les chevaux courraient à travers les champs " explique Henri Chartier, qui avec son épouse Marie deviendront de fidèles bénévoles de la Société des courses hippiques de Mauron en 1982.
 
Au cours des deux guerres mondiales, les courses n'ont pas eu lieu.
Après la guerre 1939-45, cet événement, le plus important à Mauron, est déplacé dans les champs face au château de la Ville Davy. En 1982, une opportunité se présente pour la Société des courses ; un terrain de 22 h est mis à sa disposition.  
La Société présidée alors par Claude Binard mobilise un groupe de bénévoles pour construire un véritable hippodrome.
Henri et Marie sont parmi les volontaires. Henri aux mains d'or, " il touche à tous " comme le précise Marie, il devient responsable de l'équipe des bénévoles, les travaux d'aménagement commencent.
Le 31 août 1986, les turfistes font les premiers paris sur l'hippodrome nommé les Velizées.  
 
 
Henri et Marie restent fidèles à leurs engagements. Henri est promu au poste de vice-président. Marie le suit. " J'étais malheureuse pour Clotilde Binard, qui si dévouée, allait régulièrement porter la nourriture aux bénévoles. Je lui ai dit que je l'aiderai à la cuisine. Je suis restée ainsi parmi les bénévoles de la Société des courses. "
 
Toute sa vie, Henri a travaillé : à la ferme, à la scierie, puis à Citroën.
Aujourd'hui, avec la sagesse de son âge : 83 ans, il insiste sur l'importance de son engagement dans les associations. " Pour moi, le bénévolat est une  bonne chose. On rencontre un tas de bons copains. Et le travail, ce n'est pas grave. C'est du plaisir. "
 
 
 
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